“J’ai connu l’enfer. De la Syrie des Assad aux camps du Liban”

“J’ai connu l’enfer. De la Syrie des Assad aux camps du Liban”  est plus qu’un simple témoignage. En empruntant la plume de la journaliste Djénane Kareh Tager, Fayza D. nous propose un récit de sa vie mettant en exergue l’émergence du conflit syrien.
fazya
Voilà comment commence le livre:” j’ai dix neuf ans et je suis vieille”. On comprend en le refermant pourquoi cet oxymore est aussi touchant que véridique. A seulement 19 ans cette jeune fille, issue d’une famille modeste de Zabadani, propose des réflexions et des analyses pouvant donner du fil à retordre aux comités internationaux et surtout une belle leçon à l’humanité, si humanité il y a. Les diverses contradictions qu’elle rencontre la mènent très tôt à se questionner de façon pertinente. Son père, fonctionnaire, a toujours été contre ce régime, pourtant il lui fallait démontrer l’inverse pour éviter tout type de problème, allant jusqu’à cautionner les discours des Assad, mettant le volume de la télévision au plus haut degré pour faire entendre aux voisins son appartenance aux idéaux déversés par le régime.
En l’espace de 173 pages, elle passe par des thèmes allant du niqab a l’amour, des différentes relations familiales au prix d’un pull, de la place de la femme à  son quartier, de la révolution aux destructions, de la Syrie et de sa maison aux camps de réfugiés, de la vie à la mort.
Au cours de cette lecture, Fayza D. nous donne d’authentiques supports nous permettant de penser et de panser. Penser comment le bourrage de crâne a fait tant de mal au peuple, et comment ce dernier a su malgré tout le dépasser avec une incroyable force d’esprit : « Comme tous les enfants syriens, on m’avait en même temps appris a parler et a me taire. On m’avait dit : tu appartiens au Baas ; et il allait de soi que je devais en être fière ». Panser les douleurs en allant de l’avant et en étant fière de cette révolution : « nous ne refuserons pas d’obéir et de nous taire, mais nous demandons d’abord : pourquoi faut-il que je me taise ? Nous le ferons si nous sommes convaincus de la réponse. Nous sommes la génération du pourquoi, et à cause de ce mot, nous ne pouvons plus nous laisser marcher sur les pieds, comme ce fut le cas pour nous en Syrie ».
L’être humain a-t-il un prix, en fonction de son appartenance sociale, religieuse, culturelle ? Fayza nous condamne à méditer sur l’humain, ne condamnant pas une seule seconde cette révolution malgré toutes les souffrances subies. Ses expériences d’une extrême violence font écho à l’histoire syrienne : c’est jusqu’au bout qu’elle criera : Liberté et dignité. La force de cette Syrienne, comme celle du peuple, c’est de garder l’espoir dans une âme digne et libre : « Un jour, oui un jour, je serai médecin, en Syrie ».
Maria Oudaïmah